Interviews — 10 January 2014 at 16 h 24 min

Saad Abid, surfer engagé

 

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Aujourd’hui âgé de 32 ans, Saad Abid est avant tout un surfeur de talent qui n’a pas peur de repousser ses limites. Accompagné de son ami et co-équipier, Jerome Sahyoun, Saad a surfé les plus grosses et plus dangereuses vagues du Maroc. Les images qu’ils nous ont révélées en 2010 sont restées gravées dans les esprits, et les deux amis continuent, année après année, d’écrire l’histoire du Big Wave Riding au Maroc. Saad est également co-fondateur de l’association Bahri pour la protection du littoral, organisme qui a pour vocation de promouvoir la protection du littoral marocain. Toujours à la recherche de nouveaux challenges, il co-organise en décembre 2013 le Jeep Agadir Open, une compétition indépendante dont le succès a beaucoup aidé à promouvoir le surf auprès du grand public, mais surtout auprès des sponsors privés. Rencontre avec un surfeur engagé !

Sponsors : Quiksilver, Moor’s, Team Wildboar, Jeep

 

Commençons par le début, quel est ton parcours dans le Surf ? Tu as déjà participé à des compétitions ?

J’ai commencé à Surfer très tôt, dès l’âge de 8 ans à Tahiti Plage sur la corniche de Casablanca. En 1991, à tout juste 10 ans, j’ai gagné ma première compétition poussin à Dar Bouazza. C’était une compétition internationale organisée par Cap Surf avec la présence de champions comme Andre Pedroso et Brian Mcnulty. En 1996, je deviens champion du Maroc junior à l’oued cherrât, ce qui me donne le droit d’aller représenter le Maroc en Californie lors des ISA World Surfing Games où je termine 82ème sur 136 concurrents. L’année suivante, je remporte le championnat du Maroc dans la catégorie Minimes à Agadir, organisé par Agadir Surf Club. De nouveau qualifié pour les ISA World Surfing Games de 1998 (Portugal),  je me classe à la 49ème place. En 1999, c’est le départ pour le Canada. J’y reste près de 10 ans avant de céder à l’appel du pays et des vagues en 2008, année de mon retour au Maroc.

 

On t’a vu Surfer des vagues mutantes avec Jerome Sahyoun, c’est un challenge que tu t’es donné ou tu envisages d’évoluer dans le Surf de gros ?

Les deux. Au début c’était un challenge car personne ne faisait du tow-in au Maroc, nous avons eu la chance d’être coachés par Axi Muniain qui est une figure marquante du Surf de grosses vagues dans le monde. On a passé beaucoup de temps à s’entrainer, surtout pour la sécurité dans l’eau, et après 1 an les choses se sont accélérées. Jerome a découvert un magnifique spot de grosses vagues et on a pu évoluer et comparer notre niveau à celui des Surfeurs internationaux qui venaient y Surfer. Nous sommes bien débrouillés et  c’est là que nous avons commencé à Surfer tous types de vagues mutantes dont plusieurs slabs dangereux jamais Surfés auparavant. Aujourd’hui je compte évoluer dans le Surf de gros car j’adore les sensations que ça procure, il faut sans cesse surmonter sa peur et repousser ses limites. Notre pays n’est pas connu pour ses grosses vagues alors qu’il y a un énorme potentiel c’est pour cette raison qu’on compte contribuer humblement au développement de cette discipline au Maroc.

 

Photo: Kamal Nady

Photo: Kamal Nady

J’adore les sensations que procure le surf de gros, il faut sans cesse surmonter sa peur et repousser ses limites

Tu as aussi pas mal voyagé, quelle a été ta destination Surf préférée ? Au Maroc, quelle est la vague que tu apprécies le plus ?

Indo dream !

 

Je pense que pour moi les meilleurs endroits restent ceux qui sont le plus reculés, loin de la civilisation et loin du monde. On peut toujours allé en Indonésie et Surfer des vagues sans personne dans l’eau, il faut juste aller chercher. L’Indonésie reste donc ma destination, préférée avec le Cap Vert, car on y trouve des vagues parfaites avec des paysages magnifiques. Sinon pour la Maroc, je pense que je ne suis pas le seul à dire que la meilleure vague reste Safi car elle est juste incroyable à Surfer.

 

 

On te connaît désormais surtout à travers l’association Bahri, peux-tu nous expliquer le projet Bahri et pourquoi tu as créé cette association ?

8ème opération Bahri Dima Clean - Avril 2013

8ème opération Bahri Dima Clean – Avril 2013

Bahri est un projet qui est né au Maroc après mon retour du Canada où j’étais déjà membre d’une association éco quartier où je m’occupais essentiellement d’organiser le tri des déchets et la sensibilisation des habitants de mon quartier. Je voulais faire quelque chose pour aider mon pays et  comme j’étais sensible à la cause environnementale, je me suis tourné naturellement vers la mer. J’ai fais la rencontre de Nabil Scally, professeur de birkam yoga, qui était également très motivé par cette idée. C’est comme ça que BAHRI est née, avec pour vocation de protéger le littoral marocain et d’éduquer les générations futures à la protection de l’environnement. Notre modèle était Surfrider Foundation, on a donc commencé à organiser des opérations de sensibilisation avec nettoyages de plages et ateliers ludiques pour les enfants, après quoi nous nous sommes battus pendant deux ans afin d’installer 125 poubelles sur la plage de Ain Diab. C’est désormais chose faite grâce à l’appui de la ville de Casablanca ainsi que celui de nos partenaires privés. Nous avons aujourd’hui 2 agents de nettoyages qui travaillent quotidiennement afin de vider les poubelles et nous comptons organiser cette année notre 9ème opération de nettoyage de plage sur 9 villes simultanément ! Malgré ces efforts, on manque toujours de moyens et nous avons beaucoup de chemin à faire avant que les mentalités ne changent au Maroc. On garde espoir :

8ème opération Bahri Dima Clean - Avril 2013

8ème opération Bahri Dima Clean – Avril 2013

Et BAHRI est née, avec pour vocation de protéger le littoral marocain et d’éduquer les générations futures à la protection de l’environnement

 

Ton agence de communication Com En Ciel est-elle un complément de Bahri pour le volet évènementiel ou c’est une activité à part entière ?

Non c’est une activité à part entière. Il y a moins d’un an, ma femme et moi avons monté notre agence car nous sommes deux passionnés de l’événementiel et de la communication respectivement.  Nous avons décidé de nous spécialiser dans l’organisation d’événements sportifs, festifs et associatifs, ainsi que le booking artistique.  Nous sommes jeunes, motivés et je pense qu’avec de la bonne volonté, du sérieux et beaucoup de travail, nous deviendrons une structure importante dans ce secteur. Nous avons beaucoup de projets ambitieux pour le Maroc et nous espérons avoir des partenaires engagés afin de réaliser au mieux ces projets.

 

Après les nettoyages de plage Bahri, tu t’es engagé en 2013 dans l’organisation de compétitions de Surf. Le Jeep Agadir Open, co-organisé avec le club Imouran Surf Association a été une réussite, qu’est-ce qui t’a incité à te lancer dans l’organisation de compétitions ?

J’ai toujours rêvé d’organiser une compétition de Surf au Maroc et quand l’occasion s’est présentée avec Jeep, on a tout mis en oeuvre afin d’offrir aux Surfeurs et Bodyboardeurs marocains une compétition à la hauteur de leurs espérances. On a eu beaucoup de chance avec de superbes conditions, un public qui était au rendez vous, un gros prize money et surtout des catégories pour les enfants de -13 ans et les juniors de -16 ans. Imouran Surf Association ont été très présent avec une équipe soudée et expérimentée qui a déjà organisée 3 éditions du Agadir Open. Je profite de cette occasion pour les remercier pour leur dévouement en particulier Hafid, Abdellah et Brahim Iddouch ainsi que toutes les personnes du club Imouran Surf Association qui ont travaillé jour et nuit afin que cette compétition soit une réussite.

 

Que retiens-tu du Jeep Agadir Open ? Quelles difficultés avez-vous dû surmonter ? Que penses-tu du niveau général des compétiteurs, surtout les plus jeunes ?

Je pense que le Jeep Agadir Open a démontré que le Surf et le Bodyboard au Maroc ont de beaux jours devant eux. C’est la 1ère fois de notre histoire qu’une entreprise privée comme Jeep décide de contribuer au développement du Surf et Bodyboard au Maroc sur le long terme. Généralement les entreprises marocaines préfèrent accompagner des sports comme le foot, le tennis, l’équitation en laissant le Surf et le Bodyboard de côté et j’espère que l’engagement qu’a pris Jeep encouragera d’autres entreprises à faire de même car nous avons beaucoup de champions qui ne rêvent que d’une seule chose ; hisser le drapeau marocain sur la plus haute marche du podium. Nous avons déjà beaucoup d’exemples avec Brahim iddouch ou Ramzi boukhiam qui ont tous les deux fait parlé du Maroc à l’étranger beaucoup plus que l’a fait notre équipe nationale de football !

Photo: Surfingsouss

Photo: Surfingsouss

Concernant les difficultés que nous avons dû surmonter,  nous n’en avons eu aucune. Les autorités locales ainsi que la région du Souss Massa et le CRT d’Agadir ont montré un grand intérêt dans cette compétition afin de promouvoir le Surf dans cette région. La fédération royale marocaine de Surf et Bodyboard nous a soutenu avec un dispositif technique composé de juges expérimentés ainsi que d’un système de notation performant made in Morocco. Plusieurs écoles de Surf et acteurs importants du Surf et du tourisme comme Quiksilver et Moor’s nous ont aidés, et pour finir, la présence des meilleurs Surfeurs et Bodyboardeurs nationaux a fait que le Jeep Agadir Open est pour beaucoup l’une des  meilleures compétitions de Surf et Bodyboard jamais réalisée au Maroc.

Le niveau général était très satisfaisant avec un mix d’anciens champions du Maroc comme Zino Guemmi ou Kamal Nady qui ont pu Surfé aux côtés de champions actuels comme Abdel El harim ou Yassine Ramdani. En Bodyboard, la finale était très disputée avec un Anas Haddar léger comme une plume qui a réalisé de très belles figures et qui a gagné au dépend de Brahim Iddouch qui a tout de même gagné le prix « Paradis Plage » du plus haut score. Pour les -16 ans c’est Charly Termeau en vacances au Maroc qui l’a emporté devant Joris Greusard et pour les -13 ans le public est resté impressionné par les performances du petit Neyl Aboufirass qui j’en suis sûre gagnera encore beaucoup de compétitions dans le futur.

 

As-tu déjà d’autres projets de compétitions prévues pour l’année 2014 ?

Suite au Jeep Agadir Open, nous comptons organiser plusieurs événements de Surf et Bodyboard en 2014.  Il y aura d’abord un Surf challenge à Safi avec la présence de plusieurs Surfeurs internationaux et nationaux. Suivront ensuite un événement de grosses vagues à Dar Bouazza, puis une compétition pour les enfants à Casablanca et enfin la 5ème édition du Jeep Agadir Open fin décembre 2014. Je pense que si tout se passe bien, nous pourrons prétendre à organiser en 2015 une étape du championnat du monde WQS au Maroc avec – je l’espère – une aide de la fédération royale marocaine de Surf et Bodyboard.

 

Pour finir, comment vois-tu le développement de ce sport au Maroc ?  Depuis 5 ans et pour les années à venir.

Je pense que ces deux dernières années ont été très importantes pour le développement du Surf et bodybaord au Maroc. On a eu des Bodyboardeurs  dont Brahim iddouch et Anas haddar qui ont réalisé de très bons résultats à l’international, on a eu Ramzi Boukhiam qui est le 1er  Surfeur marocain à avoir gagné un WQS et qui est devenu vice-champion du monde Junior derrière Gabriel Medina, on a eu des free Surfeurs comme Jerome Sahyoun et Othmane Choufani qui ont représenter le Maroc en Surfant des vagues monstrueuses à Nazaré et Teahupoo et on a encore plusieurs jeunes comme Neyl Aboufiras qui ont toutes les chances de devenir Pro Surfeur.  Si nous voulons que toutes ces performances se renouvellent, il faudrait tout d’abord que la fédération royale marocaine de Surf et Bodyboard insiste sur l’accompagnement et la formation des jeunes champions. Ils doivent pouvoir aussi participer à des compétitions à l’étranger et avoir accès aux programmes de sport/étude. L’organisation des événements internationaux tels que l’ETB (championnat d’Europe de Bodyboard) , l’ETL (championnat d’Europe de Longboard) ou éventuellement un WQS sont aussi très importants d’attirer l’élite du Surf & Bodyboard mondial au Maroc et la confronté aux riders nationaux.  Il faudrait aussi que les entreprises privées valorisent le Surf et le Bodyboard au Maroc car il ne faut pas se mentir ; sans une participation financière, on ne peut pas prétendre organiser des compétitions internationales. Je reste quand même confiant et je pense que nous sommes sur la bonne voie. J’espère que tout le monde y mettra  du sien pour que notre nation gagne la place qu’elle mérite sur la scène internationale et qu’elle soit considérée comme une grande nation du Surf & Bodyboard.

 

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